15 ans déjà
que notre groupe compose. Pour ce cinquième album, nous avons invité notre public à l'enregistrement.
Que de valses. Détournées et
étranges. Cymbales, tambours, cordes basses et aiguës,
acoustiques, électriques, claviers touches ou verticales de boutons,
les chics types compositeurs, arrangeurs m'invitent à la danse.
Alors,
comme d'autres chantent le blues, je valse le mien. Valse sombre et lucide se noyant dans la peinture de
Bacon Valse amoureuse se cueillant au jardin Valse attendrie par une amie pitre Valse pour appeler ses frères à la résistance Valse au petit matin des brumes Valse derrière les murs des camps Valse d'un bandonéon seul Valse libre et chantant le poète Valse d'une guitare seule Valse admirant Mandela valse d'un soleil qui se couche valse musette parce que l'on est vivant!
Danièle Fleury |
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Francis
Bacon
Lorsque je visite une exposition, c’est
pour regarder les œuvres qui y sont présentées, ça va de soi, mais
c’est aussi, accessoirement, et par déformation professionnelle sans
doute, pour écouter les propos des visiteurs. C’est une des rares
indiscrétions que je m’autorise, croyez-le bien, et ça n’est surtout
pas dans un esprit goguenard, bien au contraire. On vous a sûrement
déjà posé cette devinette : «Qui donc, dans sa longue, très longue
vie, a entendu le plus de bêtises ?» – réponse: «c’est un tableau de
musée, bien sûr !» – eh bien, je trouve cette boutade stupide et
arrogante. Tant mieux si les visiteurs d’exposition expriment leurs
réactions, même s’ils le font parfois maladroitement, c’est une
maladresse qu’il faut savoir interpréter. Notre culture est
essentiellement verbale, pas du tout visuelle, nous avons de la
peine à traduire le visuel dans le verbal, nous avons de la peine à
formuler ce que nous apporte une œuvre d’art – raison de plus pour
persévérer.
....
Ce qui me suggère cette apologie du
commentaire artistique, c’est une chanson, une belle chanson
inspirée, dont Danièle Fleury, qui l’interprète, a écrit les
paroles, et le guitariste François Allaz a composé la musique, une
chanson qui célèbre la peinture de Francis Bacon. Elle s’intitule
«L’homme aux yeux mi-clos». Danièle Fleury m’a dit en avoir eu
l’idée après avoir lu le livre du philosophe Gilles Deleuze sur
Francis Bacon, un livre qui l’a émue et qui l’a aidée à apprivoiser
la peinture redoutable de Francis Bacon. Voir, c’est toujours voir
plus qu’on ne voit, dit le philosophe, il y a des mots dans la
peinture, il y a une couleur des mots, et de la musique avant toute
chose, bref, il y a une interférence des langages très sensible dans
cette chanson jazzy, enregistrée en public à Dizy (le village
vaudois si bien nommé en l’occurrence), une chanson tirée du CD
intitulé Détours de valses de Danièle Fleury et les chics types, et
que je vous invite à écouter.
Chronique de Michel Thévoz, RSR, Espace
2, «Matinales», 01.05.2007, 07:45 |