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Peinture à rebours
Ses dernières recherches techniques
ont conduit l’artiste vers ce qu’il appelle la
peinture à
rebours. Le dessin sur
la toile est doublé d’un autre sur une surface transparente. Le
fait que la surface peinte du verre soit tournée vers la toile
rend cette technique encore plus complexe car l’effet définitif
du tableau contient le reflet-miroir de ce que l’artiste avait
présenté sur le verre. C’est d’ailleurs pour cela que le miroir
est un allié incontournable des derniers travaux de Joe : il
peint à rebours l’image vue dans le miroir.
Le résultat de ces expériences techniques permet d’enfermer sur
la surface d’un tableau une incroyable richesse de notions et
d’exprimer avec une exactitude frappante la spécificité de notre
époque contemporaine.
L’idée est née du spectacle qui s’offre à l’artiste chaque matin
dans le train l’amenant au travail : le reflet du visage d’un
passager inconnu sur la vitre de la fenêtre se superposant au
paysage défilant derrière à grande vitesse. Un spectacle composé
d’éclairs, d’images éphémères, de jeux de formes et de couleurs
toujours en mouvement, toujours changeantes, de contextes
différents, n’ayant rien en commun, croisés par hasard le temps
d’une fraction de seconde. Le dessin est flou, rapide, comme pas
fini, les couleurs débordent, se mélangent.
La transparence du verre donne de la profondeur et du relief aux
tableaux, mais permet aussi de voir l’image en mouvement, car au
fur et à mesure que le spectateur se déplace devant le tableau,
certaines couleurs apparaissent, d’autres se cachent, des formes
se transforment, se rencontrent pour en créer d’autres. De
surcroît le spectateur se reflète lui-même sur la surface du
verre en ajoutant une troisième dimension à cette composition.
L’artiste attire l’attention du spectateur aussi sur une autre
signification de ses derniers tableaux : la rencontre du monde
et de son revers ou autrement de la vie et la mort.
L’illustration de cette rencontre est le Huit Eternel (théorie
présentant la mort et la vie comme les deux faces du même
phénomène) ou le monde impossible de M.C. Escher. Les deux
surfaces peintes des Ephémères de Joe Boehler semblent continuer
cette recherche eschatologique au travers de moyens graphiques.
Il traverse symboliquement la surface du miroir pour explorer un
autre monde, celui de son inconscient. Pour y accéder il utilise
ici une sorte d’écriture inconsciente et automatique, mais à la
place des mots gravés si présents dans sa série des « Bleus »,
on trouve des taches de couleur dont l’apparition spontanée
soumise uniquement aux règles du hasard et de la nécessité
inconsciente leur donne une signification particulière dans ce
qu’il appelle « l’abstraction lyrique ». Ainsi Joe laisse parler
un « autre ailleurs » à travers ses toiles et il découvre les
aspects méconnus de sa propre personnalité ainsi que le revers
de la réalité qui l’entoure.
Dorota Niedzwiecka |